… de Puerto Iguazu (2)

Un petit retour arriere sur les jours precedents…

Je n’aime pas trop quitter un endroit a toute vitesse.  Alors, je me laisse quelques heures pour jeter un oeil a la ville de Posadas,  ville frontiere avec le Paraguay, mais a part ca, rien de tres particulier a en dire.  Des commerces, des gens qui deambulent, qui vont au travail, des enfants qui vont a l’ecole en uniforme, des bus, des voitures, a tiens, une manifestation…  pas possible de savoir pourquoi.  Devant la banque nationale d’Argentine, il y a une file incroyable qui se prolonge loin sur les trottoirs.  Certains sont venus avec un siege pliant.  La policiere a qui je demande des explications, me dit que c’est toujours comme ça.  Les gens viennent chercher, une paie, une pension, ou effectuer toutes sortes d’operations.  S’il y a crise bancaire, il n’y a clairement pas penurie de clients pour la banque argentine.

Un passage sur Internet, puis retour a l’hotel ou, soit dit en passant, le personnel est vraiment tres serviable.  Je reprends mes sacs et en route pour l’arret de bus.  Il y a deja pas mal de monde qui attend mais aucun bus ne passe.  Soudain, mouvement de foule, tout le monde se dirige vers le coin de la rue, juste un peu plus bas : le trajet des bus a ete detourne vu des travaux… fallait deviner.

Environ 1h de bus et celui-ci me depose le long de la grand route.  En face, quelques chemins sablonneux…  Ca doit etre la, San Ignacio.  Vu les chemins, je me dis que le coin est decidement fort reculé.  Par chance, j’ai le petit plan que l’on m’avait donne a l’hotel a Posadas.  Une fois qu’une bonne ame m’indique enfin le nom de la rue ou je suis, et tout devient plus clair.  Quelques « quadras »  (rues) plus loin, je tombe nez a nez avec le petit hotel que je visais.  Il etait temps :  ce n’est pas tres commode avec 2 sacs sur le dos en plein soleil.  La ‘grand mere’ qui tient l’hotel est tres tres charmante.  D’origine austro-allemande, elle a conserve la pratique de la langue allemande et la transmet a toute sa famille, petits enfants compris – quoique ceux-ci semblent avoir tendance a se montrer un peu refractaires.

Un moment de pause pour laisser passer les heures les plus chaudes de la journees, et je pars a la decouverte du village et des ruines de la mission jesuite.  Surprise : plus j’avance vers le centre, et plus je rencontre voitures, routes goudronnees, pour arriver a une place tout ce qui a de plus classique, avec eglise, commerces et meme cybercafe.  A mesure que je m’approche des ruines, quelques personnes typees indiens guaranis, vendent un peu d’artisanat.  Celui-ci ne me parait pas tres joli, ni du meilleur gout.  Dommage.  Le long du mur d’enceinte du site archeologique, c’est tout un marche qui s’etale.  

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Le souffle d’une histoire meconnue passe entre ces ruines rougeatres – les restes des habitations des indiens qui vivaient dans la communaute, la grande esplanade presidee par les restes de l’entree de l’eglise.  La mission a accueilli quelque 4000 personnes avant d’etre dissoute.  Je retourne sur les lieux une fois la nuit tombee : le ticket prevoit une visite nocturne.  Avec les lumieres et la musique l’endroit prend des airs magiques, comme l’abbaye de Villers-la-ville un soir de spectacle estival !
De retour vers l’hotel, une derniere surprise :  la voix de quelqu’un retentit a tout vent.  En fait, il s’agit d’un pretre evangeliste qui fait son show, discours enflamme et tonitruant, ponctue d’alleluias et de chansons enlevees que les fideles sont appeles a reprendre ensemble.  Je n’avais jamais vu ca que dans des reportages sur certaines eglises evangelistes etatsuniennes.
Je rentre enfin, accompagne par la voix du precidateur, qui se fait endendre jusqu’ l’autre bout du village.

Petite hesitation le lendemain… mais non, autant aller directement a Puerto Iguazu car le temps passe deja et ce serait bien d’avancer.  Les bus longue distance n’ont pas le droit de s’arreter.  C’est donc un genre d’omnibus que je dois heler et qui s’arrete dans nombre de villages le long de la riviere qui fait frontiere avec le Paraguay.  Celle-ci reste malheureusement invisible jusqu’a l’arrivee a Puerto Iguazu, ou je trouve place dans une sympathique auberge de jeunesse, a deux pas de la gare (precieux pour ne pas devoir trop marcher avec les sacs), avec de la compagnie internationale et une petite piscine agreable.

 

… de Puerto Iguazu

Ca y est, je suis a Puerto Iguazu et je viens de m’installer dans l’auberge de jeunesse, sympa, pas trop de monde pour le moment, une petite piscine dans un joli jardin, musique et postes Internet.

Un jour une nuit a San Ignacio.  J’aurai bien prolonge un peu, histoire d’aller voir d’autres missions toutes proches et de tacher de mieux sentir la vie dans cette petite ville qui m’a paru un peu particuliere.  Mais le temps coule et il faut avancer si je veux aussi avoir un peu de temps dans les Andes, du cote de Salta, qui est pas mal plus loin.

Alors, au programme, la decouverte des chutes, c’est pour demain.

… de Posadas

3 avril – 10h, heure locale – on se prepare pour une nouvelle journee de chaleur torride.  Et ca ne risque pas de s’arranger de sitot : plus on est « nord » et plus il fait chaud. 

Posadas, sur le Rio Parana, fait face au Paraguay.  Dans cette region, les jesuites s’etaient installes aux 16e 17e siecles, et avaient elabore avec les indiens Guaranis, un systeme de vie communautaire tout a fait original, mais sans doute trop derangeant, puisque les missions furent violemment fermees.  (cf. le film « Mission » de R. Joffre, avec Jeremy Irons et Robert De Niro).  Il reste cependant une serie de ruines, notamment des magnifiques eglises de l’epoque.  C’est pour ca que je suis dans le coin.  Dans quelques heures, je prendrai la route de San Ignacio Mini ou je compte bien passer la nuit, avant de partir vers Puerto Iguazu.

Petit retour en arriere depuis Buenos Aires.
Puisque je ne veux pas prendre d’avion, c’est bien sur dans les stations de bus qu’il faut se retrouver.  L’Argentine dispose d’un reseau de bus incroyable.  Des tas de compagnies desservent tous les coins du pays, en version « cama » (de veritables couchettes) ou « semi-cama »  (avec plus de place que dans n’importe quel bus europeen) et air conditionne et distribution de sandwiches et boissons pendant le voyage.  Je parle bien sur des bus longue distance.  Et les distances, elles sont tres longues.  La gare des bus de Buenos Aires est un immense hall a deux etages : en bas, les innombrables quai, et au-dessus, les bureaux des compagnies.  Je veux aller a Mercedes : je passe a l’information ou l’on me dresse la liste des compagnies qui desservent cette destination et leur numero de guichet (il y en a plus de 300), puis, faut faire son marche a l’etage.  Ensuite, tout est organise comme dans un aeroport, avec annonces des departs et des quais.  Tout tourne comme sur du papier a musique.

Pour Mercedes, la route, plate, au milieu du paysage toujours le meme, fait environ 9h et j’arrive au petit matin. La petite ville au milieu de la pampa, s’eveille.  Les enfants en uniforme affluent vers les ecoles.  J’ai vite fait le tour des rues quadrillees.  Il n’ a pas grand chose a faire d’autre qu’a vivre dans cet endroit. 

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De temps en temps, je croise un homme, en tenue du parfait gaucho, chapeau noir a large bord et ceinture de cuir compris.  Comment font-ils pour ne pas avoir chaud !!!  Meme question pour les vaches, que l’on apercoit paissant tranquillement en plein soleil.   Finalement, apres avoir un peu erre, je me cale a la gare des bus, pour attendre celui qui m’amenera a Colonia Pellegrini,  point de depart pour la visite de la reserve naturelle de los Esteros de Ibera.

 

Midi trente.  Voila un bus comme je les aime !   Rouille, deglingue et bonde.  Toutes fenetre ouvertes dans la pampa.  Je m’assoupis plusieurs fois, gagnee par la chaleur et la moiteur.  Ce paysage est incroyablement monotone.  Les gens semblent descendre au milieu de nulle part.  Le gaucho, debout dans l’allee, en chemise de gros coton, tablier de cuir et guetres attaches par des lanieres, sera attendu a sa sortie du bus, par son cheval, tout arnache, attache a l’ombre d’un petit arbre.

Le bus me depose a l’entree du camping – tout beau, tout propre – Un vrai camping americain, avec bancs et table en bois et barbecue sous un toit, a chaque emplacement, le tout au bord du lac.  Voila qui est bien different des campings au milieu de la foret a Madagascar. 

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Pas un bruit autre que celui des oiseaux.  Une belle rencontre avec la nature, que l’on decouvre en barque.  Quantite d’especes d’oiseaux de toute taille et de toute couleur, puis aussi des petits caimans, qui se laissent approcher de tout pres et cet etrange gros rongeur qu’est le capybara, vedette du coin.

Le petit village, quant a lui, est plutot bizarre, sans reel centre, un quadrillage de grandes pistes ensablees, mais qui ne sont pas habitees sur toute leur longueur, si bien qu’on se demande sans cesse si on est toujours dans le village ou si l’on est sortis.  Tres peu de monde, grand calme et ciel de nuit rempli d’etoiles.  Je fais connaissance de Evan, un jeune americain d’une toute petite vingtaine d’annees qui voyage seul depuis 5 mois en Amerique du Sud.  Il campe au meme endroit que moi et l’on va se tenir compagnie jusqu’a ce matin.

Deux nuits sur place, enfin, une nuit et une demi : le bus pour quitter l’endroit passe a 4h du matin.  C’est parti pour une journee de tranports divers jusqu’a Posadas, que j’atteints finalement hier vers 17h.  Il y fait vraiment chaud.  Evan souhaite cuisiner. L’on fait quelques courses au seul supermarche ouvert (c’est un jour ferie pour commemorer la guerre des Malouines) et l’on partage des pates dans le patio de l’hotel.  Le lendemain, il va tacher d’obtenir un visa pour entrer au Paraguay (les citoyens nord americains ont besoin de visa en Amerique du sud).  Quant a moi : un dilemme : tenter une journee au Paraguay et revenir loger ici – ou alors partir pour San Ignacio.  Posadas n’est pas un endroit tres pittoresque pour loger…  Bon… Faut decider…  Je m’en vais pour S. Ignacio.  A bientot.

 

… de Buenos Aires

Buenos Aires – lundi 18h heure locale – soleil, ciel bleu sans nuages.  Hier, un bon 30 degres – aujourd’hui semble-t-il, un peu moins.

De premier abord, la ville parait surtout tres ‘occidentale’.  De fait, l’on a du mal a se sentir a l’autre bout du monde.  Deja les gens, peu typés ou alors de differents types et nuances de couleur de peau. Look, comme chez nous, sauf que plus leger – normal vu la chaleur.  Beaucoup de voitures – mais pas mal de tres vieux modeles – Boutiques fort mode, y compris dans la decoration.
La ville est decoupee en angles droits, comme aux Etats-Unis.  Faut s’y faire un peu, mais c’est tres commode pour s’y retrouver.

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Maintenant, vu de plus pres, on voit que les differents quartiers sont bien plus que de simples noms, mais des bouts de ville au caractere et a l’ambiance bien particuliers.  Bien differente aussi, la ville durant la semaine, bruyante, peuplee de gens au travail et d’enfants qui vont a l’ecole en uniforme, et la ville le week-end, ou tout le monde sort detendu, et se retrouve souvent dans les multiples marches artisanaux ou d’antiquites.  Les rues sont alors animees par une floppee de danseurs de tango, de musiciens de rues et autres mimes.

Pour ma part, j’ai arpente les quartiers a pied – un peu fatiguant mais faisable – vu peu de collegues voyageurs (un peu logique lorsqu’on ne loge pas a l’hotel, mais chez un particulier, dans un quartier pas vraiment touristique) – et surtout frappee par les innombrables graffitis et peintures murales fort belles, souvent avec messages politiques.

Finalement, je prefere quitter un endroit, lorsque il commence doucement a me saouler, plutot que de partir avec le sentiment d’avoir ete trop vite, d’avoir manque quelque chose.  Dans quelques heures, je m’en vais prendre un bus longue distance pour le nord.  Suite du recit a l’arrivee… et lorsque j’aurai trouve un cybercafe et le temps pour m’y asseoir.  A bientot, tres chers lecteurs 😉